Manifeste des
post-connectés

Homo Connecticus a conquis la planète. L’hyper-connexion, ce comportement qui restait, il y a quelques années, l’apanage de quelques geeks est devenu la norme. Nous sommes aujourd’hui presque tous des homo hyper-connecticus.

Nous devons nous féliciter de cette évolution : la démocratie, la liberté, l’éducation, les droits de l’homme, la connaissance, pour ne citer qu’eux, ont beaucoup gagné avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux. Avec le recul, on comparera probablement notre période à celle qui a vu naître l’imprimerie. Mais force est de reconnaître que cette connexion totale et massive a aussi malheureusement un revers de la médaille dévastateur !

Les artistes qui captent souvent l’inconscient collectif avant les autres ne s’y trompent pas : l’hyper-connexion est représentée de façon noire, vide de sens et inhumaine. Une voie sans issue loin des idéaux humanistes qui devraient pourtant guider nos pas et donner du sens à chacun de nos gestes numériques.

« Après les ravages de l’hyper-connexion et l’illusion de la déconnexion, il faut rentrer dans l’ère post-connectée. C’est un enjeu de société. »

L’ouverture au monde, pour commencer, n’est paradoxalement pas la qualité développée par l’utilisation des réseaux. On peut même dire que les réseaux sociaux sont souvent coupables d’amplifier la tendance naturelle de l’homme à être centré sur lui-même ! La chasse au follower ou la mode du selfie sont, par exemple, des illustrations de la consécration du narcissisme contemporain.

Les conséquences de l’hyper-connexion sur les enfants peuvent aussi laisser dubitatif : bien sûr qu’on leur ouvre une fenêtre sur le monde et qu’on éveille chez eux de nouvelles sources de créativité et de curiosité. Mais que penser des addictions qu’on est en train de faire naître chez eux, que penser de ces ados scotchés à leurs mobiles : ouverts au monde mais pas à leurs proches, y compris leurs amis. De plus, l’anonymat permis par les réseaux libère trop souvent les plus basses pulsions. Être asocial et irrespectueux devient-il la norme ?

Pour revenir aux adultes, les plus fragiles sont aussi affectés fortement par une fracture numérique qui ne cesse de s’amplifier : la course à l’équipement, la prédominance de l’anglais, la préférence de la nouveauté à l’adopté, le non-respect des standards font que, là où l’on s’attendait à un décloisonnement social et à un effacement des frontières, on voit au contraire apparaître de nouvelles fractures, pas virtuelles du tout…

Chez ceux qui sont bien intégrés au monde de l’entreprise, ce n’est guère mieux : l’hyper-connexion génère des chutes importantes de productivité et de motivation.

Le digital est aujourd’hui un domaine d’inquiétude pour la santé publique. Il a été mesuré qu’on perd 10 points de QI si on est bombardé de SMS, de mails et de notifications de toute nature. La concentration est perturbée, le sommeil est affecté, le stress amplifié. Le burn-out nous guette tous !

Nous avons désormais près de 20 ans d’expérience depuis l’apparition d’Internet et on peut tirer les premiers bilans. Oui, ses vertus sont énormes. Mais oui, ses dégâts sont déjà considérables.

Du coup, la tentation de la déconnexion, ponctuelle ou définitive, est grande. Pourtant ceux qui ont essayé de s’isoler de longues périodes sans Internet, ni smartphone, ni mail, ni SMS aboutissent tous au même constat : se déconnecter revient à s’exclure du monde. Ce n’est pas la bonne solution, c’est une illusion. L’un de ceux qui a essayé, Paul Miller, un Américain, commence d’ailleurs son livre par une phrase courageuse : « J’ai eu tort. ». Car s’il ne savait pas trop ce qu’il avait gagné, il savait ce qu’il avait perdu : la connexion… avec les autres !

Après les ravages de l’hyper-connexion et l’illusion de la déconnexion, nous vous faisons donc la proposition de placer le curseur entre les deux et de rentrer dans l’ère post-connectée !

Pour nous, post-connectés :

Dans cette période où Internet redéfinit notre rapport au monde, les valeurs humanistes doivent guider nos pas et donner du sens à chacun de nos gestes numériques.